Multiplication de billets vendredi 6 avril 2007
Mauritanie ... "A vouloir trop gagner, on hasarde de perdre", a dit le poète. Bafing vient de s'en rendre compte
Sauf empêchement de dernière minute, Bafing Camara, Lassana Camara et Mohamed Diawara devaient être déférés hier par le commissariat du 12è arrondissement de police au parquet du Tribunal de première instance de la Commune I. Les trois hommes, tous originaires de Bamako, ont été pris en flagrant délit de "filomanie" à Kati dans la journée du jeudi 17 août dernier.
Les faits remontent à deux mois. Il a fallu tout le doigté de l'inspecteur Moïse Drabo et de la victime, pour que cette "bande des trois" soit mise hors d'état de nuire. Au mois de juin dernier, Bafing Camara fit la connaissance d'un homme originaire de Mauritanie qui gère une petite affaire dans le quartier de Boulkassoumbougou.
Les deux hommes se lièrent d'une amitié que le Mauritanien a cru sincère et loyale. Chaque fois que notre compatriote se présentait à lui pour un petit besoin, le boutiquier ne manquait pas de le satisfaire. Glouton comme une hyène des savanes africaines, Bafing multiplia les demandes et ne passait pas plus deux à trois jours sans solliciter la bonté de son ami. Sa dernière requête avait trait à un projet de voyage en Mauritanie. Bafing Camara se présenta un matin au Mauritanien et lui expliqua qu'il caressait le projet d'aller tenter sa chance dans ce pays voisin. Il avait donc besoin d'une aide financière et d'une adresse à Nouakchott.
Toujours dans le besoin. Très compréhensible, son ami lui fit la promesse de le satisfaire. A son retour d'un voyage imminent en Guinée Conakry dès ce mois d'août, il lui donnerait l'argent du transport et l'adresse de sa famille dans son pays d'origine. Sachant son "ami" toujours dans le besoin, le Maure ne se limita pas à ses engagements plus que généreux. Avant que Bafing ne prenne congé de lui, il lui glissa une billet de 10.000 Fcfa. Bafing Camara empocha l'argent, le remercia vivement et avant de tourner le dos, tout content.
Dès le lendemain, le Mauritanien quitta Bamako par la route en direction de la Guinée Conakry. Bafing, quant à lui, entreprit, à partir de ce jour, de compter les levers et les couchers du soleil. La course du temps devint très lente pour lui. Chaque fois qu'il passait devant la boutique du Mauritanien, il ne manquait pas de demander des nouvelles de son ami. L'employé du Maure qui le remplaçait durant son absence, lui répétait que son employeur n'était pas encore de retour. Le coeur serré, Bafing s'éloignait.
Un matin de la première semaine du mois d'août, comme piqué par une mouche, Bafing prit son téléphone et composa le numéro du voyageur tant attendu. Surprise ! Le commerçant lui répondit et lui annonça qu'il était arrivé depuis 24 heures et était en ce moment à Kati. Sans prendre le temps de souffler, Bafing gagna cette ville située à 15 km de la capitale et retrouva sans peine son ami. Les deux hommes discutèrent durant une grande partie de la journée et ce jusqu'au petit soir. Notre compatriote quitta son ami non sans avoir empoché une petite somme en guise de cadeau.
Trois jours plus tard, Bafing accompagné de Lassana Camara et de Mohamed Diawara retrouva son ami à Kati. Autour d'une partie de thé agrémentée de viande grillée, Bafing invita le Maure à participer à un tour de magie. Il demanda un seau d'eau et l'obtint. Il demanda alors à son ami s'il avait de l'argent sur lui.
Le Mauritanien répondit qu'il avait, en poche, un billet de 5000 Fcfa. Bafing réclama le billet de banque. Il prit alors deux feuilles de papier découpées à la dimension d'une coupure de 5 000 Fcfa et les noircit à la bétadine. Pendant qu'il opérait, il avait placé deux véritables coupures de la même valeur entre son pouce et son index à l'insu de son spectateur.
Après avoir achevé de noircir les billets, il plongea les mains dans le seau et se entreprit de frotter les papiers noirs jusqu'à les dissoudre dans le liquide. Puis, astucieusement il glissa les deux billets de 5000 Fcfa dans sa main et leur ajouta celui que le mauritanien lui avait donné. Le tour de passe-passe exécuté, la main pouvait ressortir de l'eau. Et, non sans forfanterie, Bafing put présenter à son ami 15.000 Fcfa. Du bel et bon argent, un peu mouillé mais bon pour la consommation. "Voilà , dit-il au commerçant, je peux multiplier des millions de cette façon. Et toi et moi sortirons de la misère."
gestuelle de prestidigitateur. Guère impressionné, le Mauritanien feignit néanmoins l'étonnement. Il décida de jouer le jeu des illusionnistes et prit rendez-vous avec eux pour le jeudi dernier. Il leur promit qu'à cette date, il rassemblerait beaucoup d'argent pour que l'opération de multiplication s'effectue avec un gros montant. Quand le trio s'apprêta à le quitter, il donna comme à l'accoutumée un "petit quelque chose" à son ami Bafing Camara : un billet de 5000 Fcfa
Jeudi dernier, l'heure du rendez-vous avait sonné. Pas dupe du stratagème monté contre lui, le Mauritanien avait averti l'inspecteur Moise Drabo des intentions de son jeune "ami" et l'avait invité à venir suivre l'opération de multiplication d'argent. Le policier s'adjoignit quelques agents et se rendit à Kati au domicile du logeur du Maure. A l'heure convenue, Bafing et ses compagnons se présentèrent chez le Mauritanien. L'inspecteur de police et deux agents étaient également présents, en tenue civile. Malgré la présence de trois individus qu'il ne connaissait pas, Bafing ne se douta de rien. Confiant dans son habileté, il se lança dans sa gestuelle de prestidigitateur. Il multiplia un billet de 2000 Fcfa qu'un de ses compagnons lui avait remis. La démonstration ayant été convaincante de son point de vue, il demanda au commerçant s'il était prêt. Le Mauritanien lui répondit posément qu'avant de multiplier l'argent, les policiers avaient quelques questions à lui poser.
Le mot "policier" articulé par le Mauritanien explosa comme une bombe aux oreilles des trois malfaiteurs, obnubilés jusque là par la perspective du gros pigeon à plumer. Le trio, désemparé, se regarda et se résigna à tendre les poignets aux policiers qui leur passèrent les menottes. Conduits au commissariat, ils furent entendus sur procès verbal.










