Théorie sur un phénomène étrange... vendredi 3 août 2007
En fouillant le net, je suis tombé sur un site traitant d'un phénomène qui m'a toujours paru étrange : l'attentat suicide. Au delà de son préchi-précha mystico-politique, l'auteur d'attentat suicide m'a toujours paru suspect dans ses motivations. D'autant plus que les têtes des groupes commettant ce genre d'actions, ne se font eux même jamais sauter.
L'auteur de cette étude ne fait pas de réelle différence entre l'attentat suicide à "vocation" politique ou religieuse et le meurtre suivis d'un suicide provoqué pour n'importe quelle raison, style fait divers banal. L'étude, sans être une thèse de doctorat est fouillée, claire et compréhensible.
L'auteur de l'étude fait reposer son analyse sur un phénomène bien connus en psychologie : la double containte.
Pour ceux qui ne connaitraient ce mécanisme, en deux mots : c'est la situation d'un personne qui subit deux containtes incompatibles, aussi fortes l'une que l'autre, contraintes qui le placent dans une situation insoluble. Du genre : maris toi mon fils puisque tu le veux mais tu vas me faire souffrir en épousant cette femme.
De prime abord ces containtes peuvent paraitre peu pernicieuse, mais il faut se rappeler que la mère capable de dire cela à son fils doit être un peu particulière et que si elle peut se permettre de le dire à son fils, celui ci doit aussi être quelque peu particulier pour l'accepter.
Double containte dans une relation perverse...
Je vous propose une page extraite de ce site, si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire toute l'étude. Pour réellement bien comprendre le mécanisme il est nécessaire de lire les premières pages.
Désir barré des « kamikazes » modernes
Quant aux attentats-suicides de l'époque actuelle, on n'en finirait pas de dénombrer les désirs barrés présents chez leurs auteurs. La plupart de ces désirs ne concernent pas seulement un individu, mais des communautés entières. Ainsi le désir d'indépendance nationale, barré par l'occupation du sol qu'exerce une puissance étrangère, ou bien le désir de dignité, barré par la domination que subit un groupe de la part d'un autre groupe ou d'une autre nation, ou encore le désir d'une vie décente, barré par le chômage et la misère qui imposent à des populations entières des conditions de vie déplorables...
Au plan individuel, parmi les motivations présentes aux sources de l'attentat-suicide, on trouve presque toujours chez son auteur le deuil d'un ou de plusieurs proches. Et l'on peut constater très souvent que, même s'il ne souffre pas directement d'un deuil, il a intériorisé le deuil des morts de sa communauté, la plupart du temps par conviction personnelle, mais aussi parce qu'il est « travaillé » en ce sens par les organisations terroristes, soumis à une véritable imprégnation par des projections répétées d'images des agressions subies par sa communauté et de celles des actions et déclarations des « martyrs » ayant déjà eux-mêmes réagi à ces deuils. Et c'est ainsi que se crée une longue chaîne de deuils et de violences, inextricablement rivés les uns aux autres. Car le deuil génère la vengeance. Or que signifie venger un mort, sinon accomplir un passage à l'acte, provoqué là encore par la présence au sein du sujet d'un désir barré : le désir que ceux dont on est en deuil soient vivants, désir à la fois très profond et à jamais irréalisable...
Mais, outre les désirs « communautaires », ce peut être aussi des désirs personnels qui sont barrés pour les auteurs d'attentats-suicides, des désirs qui leur sont propres, générés par leur histoire et leur situation singulière. À ce titre, un cas mérite d'être cité, car il est éminemment représentatif : le 27 janvier 2002 (voir article), Wafa Idris, une palestinienne de vingt-sept ans, agissant au nom des « Brigades des martyrs d'al-Aqsa », faisait exploser une bombe qu'elle cachait sous ses vêtements dans un centre commercial de Jérusalem, tuant un civil israélien et en blessant près de cent-quarante autres. Il s'agissait de la première femme, dans l'histoire, à commettre un attentat-suicide.
Wafa Idris vivait avec sa vieille mère dans le camp de réfugiés d'Amari, à Ramallah, faisant partie d'une famille pauvre qui avait quitté la ville de Ramle, en Israël, en 1948, lors de la première guerre israélo-arabe, et s'était retrouvée dans les allées tortueuses de ce camp qu'elle n'avait pas quitté depuis. Wafa Idris, elle aussi, voulait venger des morts : les victimes des attaques israéliennes durant la seconde « intifada », qu'elle avait eu l'occasion de voir de près, puisqu'elle était secouriste volontaire au Croissant-Rouge palestinien, ayant elle-même été blessée à trois reprises. Sa belle-sœur avait noté chez elle une évolution :
- Quand elle rentrait du travail, elle nous parlait des blessés qu'elle avait soignés, et elle semblait très touchée. Elle disait : « Si je meurs, je veux mourir en martyre ».
Le projet que Wafa Idris avait formé était celui de venger ceux qu'elle avait vu souffrir et mourir autour d'elle. Mais, au-dessous de ce projet, il y avait chez elle un désir barré qui lui était propre et la blessait au plus profond de son être : le désir barré de Wafa Idris, son désir irréalisable et vital, n'était autre que le désir d'enfant. En effet, après huit ans de mariage durant lesquels elle avait essayé en vain d'en avoir un, il était devenu clair qu'elle souffrait de stérilité. Son mari l'avait alors répudiée et elle était retournée habiter dans la maison familiale, s'installant dans un coin sombre, dans un dénuement presque complet. C'est quelque temps plus tard qu'elle avait accompli son passage à l'acte.
Le cas d'un autre auteur d'attentat-suicide habité par un désir barré particulièrement spécifique mérite également d'être cité, c'est celui d'Houssam Abdou, un jeune palestinien de seize ans qui était de très petite taille, car il souffrait de nanisme. Le 24 mars 2004, Houssam Abdou a été arrêté par l'armée israélienne au moment où il allait tenter une opération-suicide contre un barrage militaire (voir article). Sa mère a dit de lui qu'il n'était ni particulièrement religieux ni particulièrement patriote, ajoutant : « Il était comme tous les enfants, comme tous les Palestiniens confrontés à l'occupation israélienne et ses violences, mais il n'a pas vu de parents mourir devant lui ou des choses si choquantes qui auraient pu l'amener à vouloir se venger. » L'un de ses amis, âgé de vingt et un ans, a déclaré à son sujet : « C'est dur d'avoir seize ans et de ne pas en faire plus de dix pour un garçon. Peut-être Houssam a-t-il voulu prouver qu'il était capable d'un acte héroïque contre l'occupant, comme mourir en martyr. » À une chaîne de télévision israélienne qui lui demandait, juste après son arrestation : « Pourquoi avoir fait cela ? » Houssam a répondu : « Parce que tout le monde se moquait de moi. »
Dans le cas d'Houssam Abdou, le désir barré, irréalisable et vital, c'était tout simplement le désir de normalité. Un désir qu'il portait en lui comme un rêve merveilleux, mais dont il savait bien que rien ni personne sur Terre ne pourrait jamais, au grand jamais, le satisfaire. Et dont rien non plus, durant sa vie entière, ne viendrait compenser l'impossibilité.



















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