Sénégal : le lumpenprolétariat se rebiffe... vendredi 23 novembre 2007
Le pouvoir obnubilé par son nombrilisme n'a pas compris, que même s'il pouvait instrumentaliser les jeunes vendeurs ambulants, il ne pouvait pas controler des gens acculés à la désespérance. Il n'y a rien de plus dangereux que quelqu'un qui n'a plus d'alternative. Un grand théoricien militaire chinois disait il y a quelques dizaines de siècles qu'il fallait toujours laisser à l'adversaire une porte de sortie honorable au risque de le transformer en bête fauve.
Le pouvoir s'est moqué de ces personnes. Non pas qu'il ne faille pas dégager les trottoirs, mais pour le faire sans mettre en danger ceux qui les occupent il faut leur trouver du travail. Le gouvernement ne s'est jamais réellement soucié de fabriquer de l'emploi, il a méprisé l'agriculture, le secteur le plus facile à développer et apte à stabiliser une partie de la population.
Ces jeunes, le dos au mur, n'ont rien à perdre. Ils n'attendent qu'une organisation apte à les regrouper, à leur donner un objectif commun, à les organiser.
La société entière s'est moquée d'eux, les a utilisé mais ne les a jamais pris en compte : le pouvoir, les chefs religieux, leurs organisations prêtes à négocier n'importe quoi avec le pouvoir (contre quoi ?), la population qui les utilise et est contente de les trouver, tous unanimes pour les trouver génants et tous coupables d'avoir laisser Wade abandonner l'agriculture, d'avoir laissé Wade divaguer sur ses rêves pharaoniques sans l'obliger à prendre en compte le véritable problème du Sénégal, l'absence de travail. Absence de travail qui est précisement le problème de ces jeunes.
Que l'on ne s'y trompe pas, les nuisances occasionnées par la pauvreté ne disparaitront pas avec une loi ou un décret présidentiel. L'occupation anarchique de l'espace, l'indiscipline, le mépris du bien commun dureront aussi longtemps que l'extrême pauvreté car ils sont les symptomes des conséquences de la misère.
Ces jeunes n'ont pas encore compris qui ils sont, où ils se situent socialement et pourquoi. Ils n'ont pas encore compris pourquoi leur misère est nécessaire pour que s'édifie la richesse. Ils n'ont pas encore repérés leurs points communs et n'ont pas encore compris leur force. Leur explosion qui a fait reculer le pouvoir ne remet pas en cause l'équilibre des pouvoirs et n'est pas une situation pré révolutionnaire. Quand ils auront compris, ces jeunes feront mal, très mal.
Le lumpenprolétariat est un sauvage qui ne respecte ni l'ordre établis, ni les notabilités traditionnelles, ni les pouvoirs basés sur des traditions héritées des ancètres.
Leur colère ne sera plus endiguable avec quelques interventions de marabouts ou quelques inventions saugrenues de politiques affolés.
Autrefois, on les appelait "les dannés de la terre", le vocable est peut être toujours d'actualité.












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