La société entière s'est moquée d'eux, les a utilisé mais ne les a jamais pris en compte : le pouvoir, les chefs religieux, leurs organisations prêtes à négocier n'importe quoi avec le pouvoir (contre quoi ?), la population qui les utilise et est contente de les trouver, tous unanimes pour les trouver génants et tous coupables d'avoir laisser Wade abandonner l'agriculture, d'avoir laissé Wade divaguer sur ses rêves pharaoniques sans l'obliger à prendre en compte le véritable problème du Sénégal, l'absence de travail. Absence de travail qui est précisement le problème de ces jeunes.

Que l'on ne s'y trompe pas, les nuisances occasionnées par la pauvreté ne disparaitront pas avec une loi ou un décret présidentiel. L'occupation anarchique de l'espace, l'indiscipline, le mépris du bien commun dureront aussi longtemps que l'extrême pauvreté car ils sont les symptomes des conséquences de la misère.

Ces jeunes n'ont pas encore compris qui ils sont, où ils se situent socialement et pourquoi. Ils n'ont pas encore compris pourquoi leur misère est nécessaire pour que s'édifie la richesse. Ils n'ont pas encore repérés leurs points communs et n'ont pas encore compris leur force. Leur explosion qui a fait reculer le pouvoir ne remet pas en cause l'équilibre des pouvoirs et n'est pas une situation pré révolutionnaire. Quand ils auront compris, ces jeunes feront mal, très mal.

Le lumpenprolétariat est un sauvage qui ne respecte ni l'ordre établis, ni les notabilités traditionnelles, ni les pouvoirs basés sur des traditions héritées des ancètres.

Leur colère ne sera plus endiguable avec quelques interventions de marabouts ou quelques inventions saugrenues de politiques affolés.

Autrefois, on les appelait "les dannés de la terre", le vocable est peut être toujours d'actualité.