DIAMAGUENE - Racket orchestré par des agents du Service d’hygiène : Des boutiquiers dépouillés brisent le silence samedi 1 mars 2008
2 articles du Quotidien, signés du même journaliste. A noter la performance de l'auteur qui a fait un vrai travail de journalisme. je regrette simplement l'absence d'un 3 ème article expliquant les conséquences ou non de ces dénonciations.
Un jeune boutiquier a subi les affres des agents de la sous-brigade du service d’hygiène de Sicap-Mbao. Ces derniers lui ont pris sa balance, pour avoir refusé de verser la somme de 7000 francs Cfa. Témoin des faits, on s’est rendu compte que ces ripoux écumaient la zone, depuis des mois sans aucune résistance des boutiquiers.
Tout est parti de mardi dernier, vers les coups de 10 heures du matin. Dans une boutique du quartier Médina Marène II dans la commune d’arrondissement de Diamaguène-Sicap Mbao, des agents du Service d’hygiène sont venus réclamer «la cotisation mensuelle», comme c’est de coutume «depuis des mois», indique-t-on.
Ils ont trouvé sur place un jeune boutiquier du nom de Mamadou Diallo, qui s’exécuta en leur donnant la somme «régulière», qui est de 3000 francs Cfa. Mais, cette fois-ci, les racketteurs ont fixé la barre plus haut, en demandant la somme de 7000 francs Cfa, d’après le boutiquier. Ce que le jeune Mamadou Diallo refusa catégoriquement de remettre, puisqu’il aura «des comptes à rendre au propriétaire» de la boutique, qui tient une autre échoppe à Keur Massar. Furieux devant le refus du garçon, les agents du Service d’hygiène ont arraché sa balance, avant de le sommer de venir s’expliquer à la sous-brigade du Service d’hygiène de la Sicap-Mbao. Même des clients, qui étaient nombreux dans la boutique, ont demandé l’indulgence des agents, suite au refus de Mamadou Diallo. Mais, ces derniers ont fait la sourde oreille, arguant que M. Diallo, âgé à peine de 19 ans, est «impoli», avant de s’éclipser avec la balance.
Les larmes aux yeux, M. Diallo a expliqué à l’assistance médusée, qu’il s’acquittait régulièrement de son «devoir» de verser 3 000 ou 5 000 francs Cfa, au plus. Témoin des faits, votre serviteur a pris la décision de parcourir les boutiques de la zone pour y voir plus clair. Et quasi unanimement, les boutiquiers, surtout de nationalité guinéenne, ont reconnu qu’ils subissaient «en silence», les affres de ces agents véreux.
Pris de peur, à l’entame de nos interpellations, plusieurs d’entre eux ont fini par lâcher le morceau : «Ils (les agents des services d’hygiène) passent à chaque fin du mois et on leur donne soit 3 000, 5 000 ou parfois même 7 000 francs Cfa.» Et poursuivent-ils : «Nous n’osons pas refuser, maintenant. De toute façon, c’est devenu la règle, on s’exécute sans broncher.» Pas moins de 27 boutiquiers ont tenu les mêmes propos.
Interrogés pour savoir comment se faisait-il qu’ils soient sommés de verser ces pots-de-vin, les commerçants jurent ne pas en connaître les raisons. «Ils ne contrôlent aucun produit, encore moins la salubrité des lieux. Ils viennent, se montrent avec leur tenue et on s’exécute», explique encore ce quinquagénaire de nationalité guinéenne, les larmes aux yeux. En contrepartie de cette somme, «ils ne nous donnent aucun papier pour justifier que nous leur avons remis la somme exigée», renchérit-il.
Un autre boutiquier, également Guinéen, a même pris le soin de mentionner chaque passage de ces agents dans son carnet. Et la dernière en date, selon lui, remonte au 8 janvier 2008. «Si je ne fais pas comme ça, ils peuvent repasser dans la même semaine et me réclamer encore des sous», raconte t-il, sous le regard meurtri de son épouse, qui acquiesce de la tête.
Des boutiques de Diamaguène, Diacksao, en passant par les Sicap-Mbao, tous les marchands disent subir un racket en règle, sans savoir comment faire pour s’en sortir. Sinon, s’en remettre à Dieu.
Aly FALL
REACTION DU SERVICE - Dénégations du commandant de la sous-brigade de Sicap-Mbao : «De simples déclarations ne pèsent pas face à des agents assermentés»
C’est hier vendredi dans la matinée, que votre serviteur s’est rendu à la sous-brigade du service d’Hygiène de Sicap-Mbao. Après s’être présenté, un agent dit être le chef de ladite sous-brigade, avant de nous entraîner dans son bureau. Mais, dès que nous lui avons expliqué la scène à laquelle nous avons assisté, il se dédit : «Bon, je ne suis pas le chef, le commandant de brigade est sorti.» Après vérification auprès de la secrétaire du commandant, cette dernière nous dit qu’il (le commandant) n’est pas loin. Ainsi, l’agent a pris la peine d’appeler le commandant pour le localiser. Ce dernier nous fait patienter pendant au moins une demi-heure. Entre-temps, celui qui nous a reçus nous installe dans le bureau du commandant et entame une discussion. «Vous savez, jeune homme, on est au Sénégal, ces pratiques sont courantes et pour s’en rendre compte allez du côté de la route, vous verrez comment fonctionnent les gendarmes et les policiers», fait-il remarquer. Vraisemblablement, mal à l’aise, il s’est voulu, par moment, très dur : «Si seulement vous étiez venu le jour même des faits, j’aurai sévi, parce que moi je ne badine pas avec ces choses-là », alors qu’il avait indiqué auparavant qu’il n’est pas le commandant de la sous-brigade de Sicap-Mbao.
Prié de se présenter et de décliner son poste au niveau de la sous-brigade d’Hygiène, notre interlocuteur refuse en premier lieu, avant de poursuivre la discussion : «Je vous assure que nous ne sommes pas au courant de ces agissements.» A peine a-t-il fini que le commandant de la sous-brigade entre dans le bureau.
Après l’avoir, également, informé des raisons de notre visite, qui visaient à recueillir leur version des faits, il a voulu d’emblée nous charger : «Est-ce que vous avez pris la peine de bien vérifier vos informations ?» Une réponse affirmative de votre serviteur lui fut servie, puis qu’étant témoin des faits relatés, avant de faire le tour des boutiques de la zone. (Voir ailleurs). Le commandant de la sous-brigade d’Hygiène de Sicap-Mbao finira par porter à notre attention que nos arguments ne sont pas suffisant scomme éléments de preuve. Car «de simples déclarations de boutiquiers ne pèsent pas lourd face à des agents assermentés», selon le chef de la sous-brigade, qui a aussi refusé de décliner son identité. «Je ne vais pas vous donner mon nom pour que vous l’écriviez dans la presse», peste-t-il. «Je vous demande encore de la patience avant de faire votre papier», suggère-t-il.
Prenant la défense de ses agents, le commandant assure qu’à chaque fois, qu’ils reçoivent de l’argent, «c’est parce qu’ils ont constaté une infraction et donnent aux boutiquiers des amendes forfaitaires». Des documents qu’aucun boutiquier ne nous a présentés.
Interrogé sur les infractions que peuvent commettre un boutiquier, il cite les poubelles non réglementaires et la non-possession d’un certificat médical. Insistant sur le fait que nous ne sommes pas sûrs des infractions commises par ses agents, il nous invite encore à patienter avant d’écrire quoi que ce soit.
Face à notre détermination d’en savoir plus, il s’énerve : «Vous pensez que tous les chefs sont au courant de ce que font leurs éléments sur le terrain. Moi, je ne suis sûr de rien.» C’est en ce moment, que le premier «chef» qui nous a reçus donne encore l’exemple des gendarmes et policiers. «Voilà , reprend le commandant, allez sur les routes, vous allez voir, on est au Sénégal, même dans votre corporation, il y a des brebis galeuses.»
Voulant prendre congé, il nous supplia de ne pas publier l’article. «Vous allez vraiment écrire ça dans votre journal», lance-t-il à notre endroit. A la suite de notre réponse affirmative, l’autre «chef» aussi élève le ton : «Mon commandant, laissez-le publier son papier. De toute façon d’autres journalistes ont eu à passer ici et ils ont compris qu’on est au Sénégal, on est vacciné contre ça.»



















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