De manière évidente, les valeurs et rapports sont inversés. Le peuple n'est que la justification verbale de l'existence des fonctionnaires et accessoirement leur bailleur de fond. Tenu de payer, le peuple n'est en revanche pas autorisé à évaluer le service acheté ni à émettre le moindre doute sur la qualité du service rendu.

En bref, le peuple est tenu de payer un "service" dont il ne peut ni discuter l'opportunité, ni négocier le prix à payer, ni évaluer l'adéquation entre le service payé et l'effectivité du service rendu !

Quel est l'enseignant qui aura le courage de publier son bulletin de salaire ? Quel est le syndicat qui aura le courage de mettre sur la table le contenu des accords passés ? Quel est le leader syndical qui osera expliquer, à part à un journaliste lèche botte qui évite soigneusement les questions qui tuent, le rapport entre les augmentations de salaire et la qualité de l'enseignement ?

Quand les termes d'un marché sont tenus secrets ou quasiment, c'est qu'ils sont, à tout le moins suspects. Et, quand les deux signataires gardent le silence sur le deal, c'est qu'ils sont complices dans un jeu dont le peuple est exclus. Et peu importe que les complices se déchirent, les accords qu'ils finiront par passer se feront toujours sur le dos du peuple et indépendemment des réels besoins.

Ce que je vais écrire, va en choquer plus d'un, mais objectivement, les fonctionnaires sont, au Sénégal, une classe sociale privilégiée et exploitrice, plus ou moins neutre ou adversaire du gouvernement en fonction d'objectifs et de revendications de classes sans rapport évident avec ses missions et fonctions.