Abdoulaye Diop, censure et diversion samedi 12 juillet 2008
Un texte, long et dense, un peu technique, très instructif. Loin de moi l'idée de vouloir transformer le précédent gouvernement socialiste en modèle de vertu, d'honnèteté et d'efficacité mais force est de reconnaitre que le présent gouvernement ne soutient pas la comparaison avec celui des socialistes, si on élimine les tricheries de chiffres, les appropriations mensongères et les affirmations aussi fausses qu'éhontées. Bref si on s'éxonère de tout le discours populiste de Wade and Co. La lecture de ce texte pourrait faire croire, par comparaison, que sous le gouvernement socialiste la vie était une fête. Ce serait une grossière erreur mais au royaume des aveugles les borgnes sont rois.
source : nettali
La lecture de l’entretien paru dans la livraison du SUD QUOTIDIEN en date du 11 juin 2008 « Abdoulaye DIOP répond à Mamadou Lamine LOUM » appelle d’évidence une indignation légitime de tous ceux qui suivent de près les questions économiques et sociales du Sénégal, tant le procédé de la grosse ficelle pour contrarier les faits a été abusivement emprunté aux seules fins de plaire au Prince et de remobiliser les troupes démoralisées du Sopi déclinant.
D’emblée, tout lecteur attentif constate sans peine que l’interview du Premier Ministre Mamadou Lamine LOUM touchait à deux questions d’actualité qui n’épuisaient pas, loin sans faut, la question du bilan de l’alternance : la crise actuelle des finances publiques et la crise alimentaire avec le programme GOANA. Il ne s’agissait donc point de l’évaluation du résultat global de l’alternance, laquelle aurait été plus complète et forcément plus accablante.
Répondre aux thèses argumentées de Mr LOUM exigeait de la défense de Mr DIOP une posture de respect strict des règles élémentaires du débat : au minimum, un traitement des problèmes principaux posés par ces questions d’actualité brûlante pour éclairer les citoyens et l’opinion publique, avant de faire diversion dans une défense et une illustration du soit disant bilan macro économique assorti d’un abus de digressions anecdotiques. Mais soit ! Puisque tel est le vœu de Mr DIOP, les socialistes que nous sommes n’aurons nulle peine ni physique ni mentale à le suivre dans les chemins de traverses comme dans les dédales et autres tunnels empruntés.
D’abord en prenant à témoin l’opinion publique sur les questions essentielles sciemment éludées et qui appellent encore, il n’est pas tard, des réponses claires et responsables.
Ensuite en le suivant dans son exercice laborieux de bilans comparés pour en dévoiler les entorses fondamentales aux protocoles scientifiques convenus pour des travaux de ce type, sans compter les inexactitudes, dissimulations et manipulations de données dispensées et dispersées à souhait.
LE VRAI DEBAT OCCULTE
Sans peine, on constate que toutes les questions de fond soulevées par la crise financière et la crise alimentaire aigues que traverse notre pays sont passées sous silence.
En premier lieu, nous découvrons subitement par les dires d’un diplomate étranger que nous entretenons un stock démesuré de dettes impayées de l’Etat vis-à -vis du secteur privé, bien au-delà des retards de paiement généralement tolérés. Après des menaces d’expulsion dudit diplomate, des démentis suivis de confirmation, on nous fait entrer dans une valse des chiffres : 150, 200, 300 milliards etc. Comment en est-on arrivé là sans préavis, dans l’exécution d’un budget dont le niveau de recettes s’exécute convenablement nous dit-on, et pour un pays dont le poids de la dette extérieure a été considérablement délesté ?
Mr LOUM affirmait que le ver est dans le fruit depuis les premiers moments de l’alternance avec des arriérés très précoces, permanents, croissants, et à ce jour indéterminés quant à leur volume. En face, motus et bouche cousue, alors que les problèmes de trésorerie sont courants et que les dépenses intempestives chassent les dépenses programmées et précarisent la situation des fournisseurs et prestataires de l’Etat.
Dans la foulée, nous apprenons que les paiements jusqu’ici globaux et impersonnels sont devenus sélectifs et affectés d’acomptes presque systématiques, signes avant coureur d’une débâcle financière. Il faut croire que cette donnée cruciale de bonne gouvernance n’est pas importante aux yeux de notre argentier national puisque là aussi, nul début de réponse.
Pour sa défense, le Ministre consent finalement à invoquer le laxisme autorisé par le FMI pour ne considérer comme arriérés que les dépenses ordonnancées dans un délai de 90 jours ! Nous faire croire qu’il suffit que la dépense ne soit pas ordonnancée pour que les droits ne soient pas constatés, ceci ne peut être une bonne approche surtout en fin d’année où c’est un méfait criminel que d’exposer les cocontractants de l’Etat à l’arbitraire de la puissance publique en renvoyant leurs créances aux services dépensiers. Ce système doit être revu, suivi et évalué, conjointement avec les opérateurs économiques à la fin de chaque année.
Dans le même registre suivent des informations qui restent non démenties sur l’agriculture avec des incohérences et incongruités grossières, des erreurs et omissions coupables du soit disant programme GOANA destiné à nous sauver de la crise alimentaire : minoration de moitié des importations de riz qui ont dépassé le million de tonnes en 2007 ; majoration considérable des superficies arables à emblaver ; incohérence dans la détermination des coûts unitaires ; etc.
Nous aurions aimé également que le Ministre se prononce sur l’absence de considération à l’égard de l’Administration pourtant réputée pour son savoir faire, et pour son indépendance qui ne signifie pas déloyauté.
Les silences de Mr DIOP signifient-ils que le pouvoir de l’alternance n’a aucune réponse appropriée pour le Sénégal qui a découvert avec leur régime les rationnements de pétrole et de gaz, pour les ruptures dans l’approvisionnement du marché en riz, pour les perturbations permanentes dans la fourniture de l’électricité, pour la crise des ICS, pour le naufrage des secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et du tourisme, et pour le niveau insoutenable du déficit budgétaire ?
Son silence vaut-il acceptation des constatations de Mr LOUM sur les coûts prohibitifs des infrastructures quand c’est l’Etat ou un bailleur de fond non conventionnel qui finance ? Mr DIOP confirme t-il ainsi les dires de Mr LOUM sur la SONAGRAINE, ou sur le projet malheureux de cession des actions de l’Etat dans la SONATEL ?
BILANS COMPARES :
Puisque la réponse obligée de Abdoulaye DIOP emprunte le format d’un bilan, il faut, pour comparer les périodes avant et après 2000, tenir compte d’un phénomène nouveau qui n’a existé pratiquement nulle part ailleurs qu’au Sénégal : un régime s’en va en laissant en plus des actifs financiers et d’une situation macro économique assainie dans tous les domaines, des programmes ficelés dans les secteurs les plus importants de la vie économique et sociale, des programmes s’appuyant sur un cadre décennal, parfois même allant jusqu’en 2012.
Pour juger alors du legs qui a été transmis, il ne s’agit pas seulement de prendre la photographie de ce qui existe à un moment donné, mais le profil qui est laissé à la nouvelle équipe. Il ne s’agit pas de dire que nous en sommes à tel niveau, mais avant tout d’avouer que nous avions tous les instruments qui nous mènent à 2010 et même au-delà .
Tous les secteurs d’activité ont été profilés, avec en sus les instruments financiers nécessaires et un profil de finances publiques recomposé. Il ne s’agit pas de répondre en ressassant l’argument de la réalisation d’une route, d’une école ou d’un dispensaire, mais à toutes les questions de transport, à toutes les questions d’hydraulique, de santé, d’éducation, d’agriculture, etc. Ce que le Premier Ministre LOUM a appelé « l’avenir balisé » dans son livre. Il est vrai cependant que la mauvaise gestion peut retarder les choses, les faire exécuter de manière inopportune voire antiéconomique, il n’en demeure pas moins que les sillons avaient déjà été tracés.
Abdoulaye DIOP nous parle de taux de croissance dont la base a été changée en 2003, et dans le mémorandum du gouvernement d’octobre 2007, il était déjà question d’une moyenne de taux de croissance entre 2000 et 2005 qui se situe à 4,5% (en fonction des chiffres rétropolés), taux qui serait en réalité de 4,36% (cf. Sénégal selected issues du FMI septembre 2007 tableau 4), en notant que l’année 2000 est attribuée à dessein à la gestion socialiste. Pour des raisons sur lesquelles nous ne nous attarderons pas, le gouvernement qui a procédé à un changement de base ne devrait pas jouer sur cette rétropolation pour créer un cafouillage. Il est constant que c’est sur la base de chiffres validés et qui donnaient une croissance moyenne supérieure à 5,5%, que le gouvernement socialiste avait négocié les différents programmes avec les institutions financières internationales.
Le Ministre Abdoulaye DIOP fait une césure volontaire sur 2005, en omettant les années cahoteuses de 2006 et 2007, pour prétendre avoir fait mieux que le précédent septennat qui « …aurait été sanctionné, …alors que Wade a été plébiscité en 2007 sur ses résultats économiques !! ».
Pour comparer, il y a lieu de prendre la même série en cours depuis 2000, mais quelque soit le choix, nous constatons que la croissance a été moindre de 2000 à 2007 comparativement au septennat précédent (données vérifiables au niveau des sites Internet des institutions internationales). Le Ministre est conscient de cette situation, ce qui le pousse à faire une césure sur 2005, et à envelopper 2006-2007 dans un halo de mystères en invoquant des causes exogènes.
On note là un exercice déloyal de dissimulation, et en dépit du caractère faux de la performance annoncée, cette dernière est encore plus décevante compte tenu de ce qui était légitimement attendu de la nouvelle équipe en fonction du legs reçu, à savoir une croissance de 8%, annoncée même dans leur DSRP. Leur performance annoncée est par conséquent décevante par rapport au factuel, mais elle l’est beaucoup plus par rapport aux objectifs normatifs que sont leurs propres engagements du DSRP.
Nouvelle dissimulation quand le Ministre A. DIOP nous parle de l’inflation : non seulement pour comparer il ne tient pas compte dans le choix de la première série de dates d’avant alternance des effets mécaniques de la dévaluation, (de 32% d’inflation en 94 à 0,8% en 99), mais il fait une nouvelle césure sur 2005, en ignorant les deux dernières années du septennat où nous approchions les taux d’inflation d’après dévaluation (5,9% en 2007).
Ce qui reste constant pour l’inflation, c’est que nous sommes le dernier de la classe dans la zone UEMOA, après avoir été le premier, et comme on a fêté les « victoires » de la période d’avant 2007, il faut célébrer l’amère défaite de 2007 où on était dernier de la classe avec un taux d’inflation qui était plus du double de la croissance moyenne de l’Union. Et si l’inflation reprend dans la zone UEMOA en 2008, nous demeurons au milieu du tableau en étant 4ème sur huit, ce qui aurait dû nous obliger à plus d’humilité face aux autres pays qui, le Ministre l’avoue, ont absorbé progressivement l’inflation dans le pouvoir d’achat de leurs ménages et de leurs entreprises. Nous aurions apprécié que le Ministre nous explique pourquoi le Sénégal se débrouille si mal face à l’inflation, comparativement aux pays enclavés de la sous région dont les marchandises transitent par notre pays. Pour ce deuxième critère aussi, les performances de l’alternance se comportent moins bien si on ne dissimule pas les deux dernières années.
Si nous constatons avec le Ministre une évolution des recettes publiques supérieure à 9% pendant la période 1995-2000, après la neutralisation à dessein de 1994 qui enregistre plus de 30% d’augmentation de recettes (ce qui aurait dû être fait aussi par Mr DIOP en ce qui concerne l’inflation), c’est pour indiquer que la tendance est largement comparable pour les deux périodes.
On omet cependant de nous parler des avantages constitués pour la période 2001-2007 par les recettes de la TVA résultant de l’harmonisation des taux dans l’UEMOA (des taux de 0 passant à 18%, des taux de 10 passant à 18%), par les recettes sur les hydrocarbures sur fond de sur taxation, et les augmentations des prix de l’ensemble des denrées de première nécessité, alors que la période 1994-2000 n’a enregistré aucune hausse de la fiscalité.
A cela s’ajoute une sorte de cosmétique au niveau du budget avec l’apparition subite de 50 milliards de recettes en décembre 2007 intitulées « Droits SENELEC et remboursement moins values », sans que l’on comprenne par quels procédés des remboursements puissent être classés dans des catégories de recettes.
Aussi notons-nous le caractère factice de certaines recettes qui ne constituent pas de la trésorerie, à l’exemple des suspensions de TVA et TOB (14,9 milliards) qui gonflent artificiellement les recettes de l’Etat, procédé qui est certainement de nature à expliquer les difficultés actuelles de trésorerie puisqu’ils se trompent eux-mêmes.
Ainsi des lignes de recettes qui n’apparaissent qu’en décembre nous paraissent douteuses, pour ainsi dire suspectes, et nécessitent des explications, surtout lorsqu’on voit dans une ligne de recettes l’usage qu’on en fait (remboursement de moins values !).
Le Sénégal avec le régime d’Abdoulaye WADE a fait des performances en recettes qui illustrent parfaitement les contradictions de notre économie. En effet, lesdites performances claironnées urbi et orbi résultent essentiellement de la détérioration de la balance des paiements, puisque dans la même période il y a eu plus d’importations (la fiscalité sur ces dernières constituant les principales recettes de l’Etat) que d’exportations qui supportent peu de fiscalité. Le Ministre se garde bien de nous rappeler que ces recettes de porte sur les importations correspondent également à de la détérioration de la richesse nationale. Et il notera que l’impact des hausses de fiscalité sur l’ensemble de la valeur ajoutée est beaucoup plus important que la baisse du BIC sociétés avancée.
Ce qui est indéniable, c’est que le solde budgétaire de base, qui détermine la capacité financière de l’Etat à financer ses dépenses courantes et à dégager une marge pour l’investissement, présentait un excédent de 1,6% du PIB avant l’alternance, alors qu’il accuse un déficit de 2,6% en 2006.
Nous noterons que les recettes pour les raisons déjà invoquées ont été multipliées par deux durant leur septennat, mais que les dépenses ont été multipliées par plus de deux, et que le déficit budgétaire s’est aggravé avec un écart défavorable de plus de 4% du PIB comparativement à la gestion socialiste, puisque le déficit budgétaire se situe aujourd’hui à 6%. Ainsi tous les efforts en termes de recettes sont complètement aspirés par l’explosion des dépenses constituées essentiellement par les dépenses de prestige et les dépenses non prioritaires, plus exactement par le train de vie onéreux de l’Etat. Il reste constant que ce déficit trop important qui découle d’une absence de maîtrise des dépenses devient insupportable, et confine à un amateurisme de nos gouvernants actuels. On est loin d’un déficit finançable.
Pour le déficit extérieur, le Ministre reste fidèle à sa démarche de dissimulation, et s’arrête à 2005, en omettant de dire que ce dernier était à 8% en 2006.
Abdoulaye DIOP nous dit que le financement de l’économie a progressé de 21% à 22%, nous faisant croire à une révolution suite à une augmentation de 1%, sans nous rappeler que dans ce pourcentage nous trouvons les crédits douteux injectés dans beaucoup d’entreprises sur l’intervention de l’Etat, notamment les ICS et la SENELEC.
Il nous parle également de baisse de la dette publique en occultant les effets de l’annulation de la dette sans compter son mutisme sur le travail d’éligibilité préparé avant l’alternance et le lobbying déployé par le régime socialiste pour modifier les règles d’éligibilité au profit du Sénégal.
Nous notons par contre qu’ils sont en train de compromettre largement cette aubaine avec la mauvaise gestion actuelle et le recours intempestif aux endettements à court et moyen termes, sans parler des endettements occultes.
Il reste étonnant qu’avec des recettes qui ont, comme précédemment, doublé en 07 ans, avec un traitement de moitié de la dette extérieure, avec une croissance économique convoquée, la situation globale de l’économie du Sénégal ait pu se détériorer à ce point, avec comme seuls responsables invoqués les phénomènes exogènes. Cela ne trompe plus personne.
Il faut noter également qu’en ce qui concerne la balance commerciale, la baisse drastique de la couverture de nos importations par nos exportations qui n’est en 2007 que de 33% renseigne sur l’avenir peu enviable de notre économie sous le régime de l’alternance, et sur sa dépendance croissante vis-à -vis de l’extérieur, le Sénégal perdant son autonomie.
Il convient de retenir que le taux moyen de croissance des exportations a été de 1,19% entre 2000 et 2005, le plus bas de l’UEMOA pour cette période, contre 3% entre 1994 et 1999. Pour la contribution moyenne des exportations à la richesse nationale, notre pays, avec un faible taux de 0,27%, occupe l’avant dernière place de l’UEMOA, malgré le fait que nous réexportons le pétrole vers le Mali, ce qui renseigne sur l’érosion accélérée de notre compétitivité sous le régime de l’alternance. La performance d’exportation est fortement déclinante pour être aujourd’hui inférieure à celle d’avant la dévaluation.
CAUSES EVOQUEES PAR MR DIOP :
S’agissant également des causes évoquées, le Ministre verse dans le jeu de mots en parlant de « mise en place » pour ce qui concerne le NINEA, et de « mise en œuvre » en ce qui concerne le Centre des Grandes Entreprises, une façon de s’approprier des projets en évitant de faire droit à la vérité sur la conception et la définition des instruments cités qui, elles, remontent à plusieurs années avant leur magistère. Si la décision a été mise en œuvre en 2001, le Ministre ne peut contester qu’elle figure déjà sur l’agenda du programme économique et financier de l’Etat depuis 1998, avec des modalités arrêtées conformément aux engagements souscrits auprès des bailleurs de fonds.
Parlant du taux de pression fiscale, et sous réserve de nos interrogations quant à la pertinence de cet indicateur pour nos économies (on s’intéresse en fait ici à l’efficience de la mobilisation des ressources fiscales), nous constatons la persistance de la méthode de la dissimulation dans les propos du Ministre, puisqu’il considère les données de 2007 (enfin !), pensant qu’elles lui seraient favorables. Mais avec des taux de pression fiscale différents, on a pu faire évoluer dans les deux cas les recettes de 10% par an, et à les faire doubler en sept ans.
Le constat, c’est que malgré ces recettes revendiquées, le régime de l’alternance a réussi à creuser le déficit budgétaire. On oublie de nous rappeler que si le PIB avait été plus important sous l’alternance, notamment dans le secteur agricole, nous aurions eu un taux de pression fiscale moins favorable pour leur magistère, et que par rapport au profil économique hérité, ce taux aurait dû être en 2007 au-delà de 25%.
Pour le taux de scolarisation, le Ministre fait mine de méconnaître que ce dernier qui était de 54% en 1993, a été porté à 68,3% en 2000, soit une évolution de 14 points sur cette période. S’il gagne entre 2000 et 2007 14 nouveaux points, il enregistre un taux de progression inférieur à celui du précédent septennat, sans oublier qu’en fonction du profil économique hérité et avec le PDEF considéré par leur propre Ministre de l’éducation comme étant le programme phare de l’éducation en Afrique, le Sénégal aurait dû atteindre la scolarisation universelle en 2008.
Il n’est pas exact de dire que la priorité donnée à l’éducation et à la santé est une vision de Abdoulaye WADE, pour qui se souvient du discours du Président Abdou DIOUF aux Nations Unies de 1983 qui parlait de la dimension sociale de l’ajustement structurel, et lorsque nous savons que le primat donné à ces deux secteurs date du Président Léopold Sédar SENGHOR.
Il est également inexact de continuer à entretenir la propagande sur la part plus que fictive affectée à l’éducation dans le budget national annoncé durant leur septennat, alors qu’en réalisations, les dépenses totales pour ce secteur ont toujours été de l’ordre de 35 à 38% (chiffres du ministère de l’éducation pour 2006) ? Et l’on sait que durant le dernier septennat socialiste, la part de l’éducation dans le budget est passée de 27% en 1993 à 36% en 1999.
Il faudrait, à ce sujet, noter que pour mesurer les dépenses dans un secteur les ensembles pertinents à considérer sont les dépenses totales du secteur par rapport aux dépenses totales de l’Etat et par rapport à la richesse nationale, et non le sous-ensemble considéré par l’Etat et constitué des dépenses de fonctionnement diminuées des intérêts sur dettes et des dépenses communes. Si on peut au niveau interne considérer ces types de comparaisons (dépenses de fonctionnement), il ne faut pas commettre l’erreur comme le Président de la République l’a fait récemment au Japon de les comparer aux indicateurs qui établissent la comparabilité internationale. En effet, les experts du Ministère des Finances auraient dû lui dire que nos dépenses sur le PIB sont de 4,5%, à comparer aux 3,7% du Japon, afin de lui éviter ce type d’erreurs dans ses futurs discours. De plus, si nous considérons les dépenses de l’éducation par rapport aux dépenses totales, nous obtenons 25,2% en 2000 contre 26,3% en 2006, ce qui nous éloigne définitivement de la propagande officielle.
Le Ministre parle du recrutement de 15.000 agents contre plafonnement des effectifs avant 2000 en omettant de dire que dans la période post dévaluation, la gestion concertée avec les syndicats devait aboutir au partage de tous les gains de productivité, et qu’il fallait consolider cette situation, pour qu’après 2000 et au travers d’une réforme concertée de la fonction publique, procéder à l’augmentation des salaires avant d’augmenter les effectifs. En ce qui concerne la masse salariale, le régime socialiste a réussi une progression ordonnée, intelligente, et sans dérapage de 1993 à 2000, ce qui a permis assurément à l’équipe suivante, grâce à la qualité du legs reçu, de procéder aux recrutements.
Bien entendu, le Ministre n’évoque pas la déconstruction, ces dernières années, des règles d’alignement des salaires dans la fonction publique qui a abouti à une politique salariale :
- non transparente : sursalaires payés en toute opacité et en toute illégalité à certains agents de l’Etat et qu’on a vite fait d’intégrer dans la rémunération lorsque l’information a filtré ;
- incohérente : augmentations de salaires octroyées à certaines catégories de personnel sans s’assurer qu’elles peuvent être généralisées, dérèglements des niveaux relatifs de salaires entre agents de l’Etat ;
- faite de népotisme et de favoritisme (personnel dirigeant des entreprises publiques et des agences payé entre 5 et 15 millions de Francs CFA, sans compter les avantages exorbitants en nature, alors que des cadres fonctionnaires mieux formés et plus compétents ont des traitements de 300.000 Francs CFA en moyenne ;
- Qui n’offre plus une marge de progression : le ratio de la masse salariale sur les recettes plafonné à 33% est aujourd’hui à 32,9%.
Passons sur les conséquences de cette politique salariale inique qui a eu un effet boule de gomme sur les revendications des autres corps de l’Etat et déteint sur le climat social.
En dehors du caractère souvent très injuste de ces recrutements qui répondent plus à un clientélisme politique (de simples militants PDS passés sous préfets, etc.), il est à regretter la grande précarité qui touche aujourd’hui les salariés du fait de la généralisation de l’intérim et des contrats à durée déterminée, et ce dans presque toutes les grandes entreprises, sans la moindre protection d’un gouvernement qui ne se signale que par ses comportements antirépublicains. Un audit sera certainement utile pour voir le pourcentage de ces 15000 recrutements apte à occuper des emplois civils, militaires et para militaires.
En parlant des lois de règlement, le Ministre enfonce une porte ouverte. Si l’on convient avec lui qu’en quittant le pouvoir, les socialistes avaient un retard d’un (01) an en ayant présenté celles des années 1997 à 1999, le pouvoir actuel accuse un retard de cinq (05) ans en ayant déposé que les lois de règlement de 2001 et 2002. C’est presque donner des verges pour se faire battre.
Parlant de l’ISPE, le Ministre notera que les patriotes sénégalais se seraient bien passés de voir les représentants des Institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque Mondiale être obligés pour la toute première fois d’indiquer à l’opinion qu’ils ne sont plus disposés, comme dans un passé récent, à jouer sur une coresponsabilité avec les autorités.
Si le Ministre renonce à son entreprise de dissimulation et tient compte des différentes années sous leur responsabilité, il conviendra avec nous que quelque soit le fondamental considéré (inflation, PIB, déficit, finances publiques, etc.), le régime de l’alternance aura fait beaucoup moins que le précédent.
Et si nous en venons maintenant aux « détails » qu’il évoque, il faudra lui poser la question sur l’origine et les causes de la crise des ICS. Cette crise, il en conviendra, résulte de l’intrusion d’éléments de connivence avec les affairistes du régime de l’alternance dans la gestion de cette société et dans ses contrats, éléments qui l’ont emmené à une situation de faillite au moment où les cours des phosphates étaient les plus élevés de ces vingt dernières années, et où la société aurait pu gagner 25 à 30 milliards par année. Que ne retrouvons nous pas les mêmes individus dans le traçage des sept milliards des fonds de Taiwan !!!
Nous rappelons que le Secrétaire Général du Parti Socialiste avait posé à deux reprises au troisième Premier Ministre de Abdoulaye Wade la question sur les dispositions prises par le gouvernement du Sénégal pour faire face à la flambée prévisible des prix du pétrole : « toutes les dispositions ont été prises …grâce au génie du président Wade… » avait fini par répondre ce chef de gouvernement de l’alternance !
Nous ne faisons pas un procès au gouvernement sur la crise du pétrole qui est un phénomène mondial, mais nous voulons savoir pourquoi nous sommes ceux qui se débrouillent si mal pour un phénomène que les spécialistes prévoyaient, mais surtout quelles sont les dispositions prévues pour faire face à la flambée du cours du pétrole. Si le pétrole a une responsabilité, le Ministre constatera que ses propres experts convoquent plus des problèmes de compétitivité interne et de bonne gouvernance. Le Ministre pourrait rappeler aux sénégalais que l’amplitude des augmentations du prix du pétrole dans les années 70 est sans commune mesure avec ce que nous connaissons actuellement. Ces mêmes experts indiquent au Ministre que les infrastructures qu’il cite ne participent pas beaucoup à la formation brute de capital. La flambée des prix des matières premières avait également été prévue, et le régime socialiste s’y était préparé, en léguant à la nouvelle équipe tous les programmes sur l’agriculture et sur l’élevage qui auraient dû permettre de faire face si le régime de l’alternance n’avait pas fait le choix absurde de sacrifier ces filières.
Il en va de même pour le déficit pluviométrique évoqué, lequel doit être relativisé si l’on sait que le Sénégal indépendant n’a jamais été aussi bien arrosé de pluies que sous l’alternance, que le régime actuel n’a pas hérité de la période la plus mauvaise (moyenne de 670 millimètres entre 2000 et 2005, contre une moyenne de 650 millimètres entre 1993 et 1999). Mais qu’il pleuve ou pas, que le Sénégal soit inondé ou pas, il s’est toujours débrouillé pour faire des campagnes agricoles désastreuses, et pire, pour nous créer des calamités de financement.
En ce qui concerne le PAMU, si le Ministre ne refuse pas la paternité du Parti socialiste sur ce projet, nous avons le regret de constater que l’alternance a été une mauvaise agence d’exécution, avec le retard coûteux accusé pour l’ensemble des réalisations elles-mêmes finalement dénaturées (des toboggans à la place d’échangeurs). Le Ministre conviendra que les autorités de l’alternance n’auront été que les simples conducteurs de travaux peu qualifiés des projets conçus, ficelés, et financés par le régime socialiste.
Si nous avons conçu la corniche de Dakar, en réduisant même par anticipation l’occupation du camp militaire français bien avant l’alternance, nous ne pouvons pas comme Abdoulaye DIOP être contents des coûts énormes de surfacturation (hors coûts des ouvrages) engloutis dans son aménagement. S’agissant de l’élargissement d’une voie pour une route urbaine qui en comportait déjà trois, nous pouvons, pour apprécier son surcoût d’impact géométrique, la comparer au besoin au tronçon de l’ancienne piste d’aviation, ou à la VCN de Thiès qui était une route nouvelle à créer à travers champs. Nous regrettons vraiment que pour 11 kms de corniche, l’Etat « dépense » 45 milliards hors éclairage, plus 5 milliards en éclairage, en oubliant toutes les notions de priorités nationales et d’esthétique, avec cette imposture qui consiste à nous servir l’argument des 108 milliards de coût de la mobilité urbaine diagnostiqués et évalués par les socialistes dans les études de préparation du PAMU d’avant alternance. Les taux d’investissement hors corrections territoriales qui étaient de 24,5% en 1999 vont baisser toutes les années suivantes pour n’être rattrapés qu’en 2006 où ils étaient de 25%. De quoi se gargarise alors le Ministre ?
Dans une démarche similaire, le Ministre Habib SY semble ignorer que le Sénégal n’a pas une seule route nationale qui soit en monocouche, et que le PST2 avait posé avant l’alternance les principes de rehaussement des standards de construction, dont la première matérialisation a été la route Mbao-Diamniadio. Si le Ministre de l’équipement avait emprunté la route Tamba-Kidira-Bakel qui aura bientôt dix ans, laquelle avait été construite selon un procédé inexistant à l’époque au Sénégal, à savoir la technique du « sand asphalt », il conviendrait avec les techniciens que c’est toujours la meilleure route du Sénégal. Nous sommes certains que le Premier Ministre Lamine LOUM ne peut pas être content d’emprunter la route Fatick-Kaolack qu’il a fallu réfectionner deux mois après la fin des travaux, et qui aujourd’hui semble plus vieille et défoncée que toutes les routes identiques d’avant alternance.
Au demeurant, nous prenons acte du fait que le Ministre Abdoulaye DIOP, ainsi que son collègue Habib SY renoncent par avance aux moyens de défense qu’ils auraient pu tirer du cas de force majeure, puisqu’ils endossent devant l’opinion publique la bonne qualité et le coût loyal et marchand des infrastructures de l’ANOCI qui échappent totalement à leurs contrôles de Ministre des finances et de Ministre de l’équipement. Nous aimerions être certains que c’est bien ce qu’il nous faut comprendre quand nous savons que leurs services ont été évincés de toutes les procédures d’appels d’offres, d’adjudications, d’attributions et autres, pour les différents chantiers de l’ANOCI.
Le Ministre sait que les équipes dirigeantes avant l’alternance ont une familiarité absolue avec tous les programmes qu’il cite dans son interview, à l’exception de l’aéroport de DIASS qui est présenté par les institutions comme un risque fiscal énorme pour le Gouvernement, et de la case des touts petits qui ne sont pas les leurs, de même que la zone économique intégrée. Tous les autres programmes leur ont été transmis en héritage en 2000 : PST2, PAMU, PDEF, etc.
En réalité, l’économie sénégalaise s’est effondrée pendant cette période de l’alternance et les perspectives sont très sombres pour l’avenir. L’économie connaît globalement une panne de compétitivité, et un niveau de corruption pandémique jamais atteint dans l’histoire du Sénégal et qui nous vaut aujourd’hui la réprobation internationale. Et au-delà de ces tentatives de dissimulation du Ministre de l’économie et des finances, il est navrant de constater que le gouvernement ne propose aucune solution en dehors de son « soul bukki, sulli bukki » habituel déjà dénoncé par le Parti socialiste. Nous attendons des thérapies durables au mal des finances publiques en lieu et place des traitements hâtifs et superficiels genre placébo de l’emprunt obligataire (qui change le nom des créanciers mais pas la dette), car en l’absence de réponse crédible des pouvoirs publics, le marché est suffisamment avisé pour sanctionner la piètre gestion libérale, à l’image des couacs du dernier emprunt qui a nécessité un interventionnisme du Ministre des finances à la limite de la légalité.
Nous ne parlons pas comme Mr DIOP du Sénégal de 2005, mais de celui d’aujourd’hui (2008) et de ce qu’il risque de devenir demain si la crise multidimensionnelle (politique, économique, sociale, éthique, etc.) qui l’affecte n’est pas bien diagnostiquée et traitée.
Nous demandons à nos gouvernants actuels de nous dire quels programmes sectoriels conçus, élaborés, négociés, et financés en dehors de ceux hérités ils comptent laisser à leurs successeurs, face à une économie devenue celle de la pénurie et du rationnement périodique, face à des populations qui ont faim, soif, qui s’éclairent à la bougie, qui veulent bénéficier d’une couverture sanitaire de qualité et d’une éducation performante, et dont les enfants s’expatrient au péril de leur vie, face à un pouvoir dévalué, affairiste et prédateur, vidé de ses finalités, irrespectueux des principes fondateurs de la République et des valeurs démocratiques, dans un pays où les droits humains se suffisent d’une proclamation non honorée dans les faits chaque jour, et où les contrepouvoirs (presse, société civile) sont combattus et violentés jusqu’à hier.
Le gouvernement serait inspiré de venir présenter son mémoire sur la gestion économique aux Assises nationales auxquelles il est toujours invité, à défaut, nous proposons à nos partenaires de verser les différentes réponses des Ministres concernés aux dossiers desdites Assises pour valoir mémoires de défense.












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