Il se sentait si content, Chouckhov, que tout ait bien marché, qu'il bourra les côtes au Commandant : -Ecoute voir, commandant, dans vos idées de science, où vont, les vieilles lunes ? -Où vont-elles ? Tu ne sais donc pas qu'il y a une période où la lune n'est pas visible. Choukhov secoue la tête en rigolant : -Du moment qu'on ne la voit pas, comment tu sais, toi, qu'elle existe ? Il en a un coin bouché, le commandant : -T'imaginerais-tu que, chaque mois, c'est une autre lune qui naît ?
-Pourquoi pas ? Les gens, il en naît bien tous les jours. Pourquoi, alors, il naîtrait pas une lune toutes les quatre semaines ?
Il l'a sec, le commandant :
-Je n'ai jamais encore rencontré de matelot aussi cancre ! qu'il fait. Où iraient-elles alors, tes vieilles lunes ? -C'est tout juste ce que je te demandais.
-Où vont elles à ton avis ?
Choukhov soupire et, tout bas, à cause que c'est un secret :
-Chez nous, on dit que le bon Dieu les casse pour en fabriquer des étoiles.
Ce coup-ci le commandant se tord :
-Sauvages ! Je ne l'avais jamais entendue, celle-là. Est-ce que tu croirais en Dieu, Choukhov ?
Choukhov a l'air estomaqué :
-Et alors ? Essaye de pas y croire quand il y a du tonnerre.
-Mais pourquoi ferait il cela, le bon Dieu ?
-Il ferait quoi ?
-Pourquoi casserait-il la lune pour en faire des étoiles ?
Choukhov hausse les épaules.
-C'est pourtant pas sorcier. Les étoiles, il en tombe ; faut bien les remplacer.
-Maniez-vous, enfants de putes ! braille le sergent d'escorte. Comptez-vous cinq !