Objectivement, on pourrait dire que ce qui arrive est le résultat de 50 ans de laxisme, de mendicité, de gaspillage des ressources, d'infantilisme et d'autosatisfaction aveugle. Au Sénégal, le principe de réalité va nous obliger, de gré ou de force, à revoir notre mode de consommation, de production, d'organisation sociale. Bref, notre mode de pensée.

Une partie de notre mode de pensée est établie, quoiqu'on en dise, sur la comparaison avec l'occident. Nous feignons de croire que la santé, l'électricité, le transport... sont des droits naturels. Rien n'est plus faux. S'ils sont disponibles pour 95 % des populations occidentales, ils ne le sont que grâce à la richesse occidentale. Cela n'était pas vrai avant les années 1960.

Avant d'être des droits naturels, ces services sont avant tout des biens de consommation que l'on paye avec de l'argent. Cet argent ne tombe pas du ciel malgré nos vaines prières, mais est la contrepartie d'une activité économique. Activité économique nécessitant du travail, une certaine souplesse intellectuelle et un peu de suite dans les idées. Pas gratuit donc !

Il n'y a pas longtemps, un de mes amis parlant du prix de la viande me disait qu'elle était chère au Sénégal, à sa grande stupeur je lui ai répondu que la viande n'était pas trop chère mais que lui était trop pauvre. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose...

L'objectivité non politiquement correcte oblige à dire que le non-développement de l'Afrique est d'abord un fait africain. Le pillage de l'Afrique est d'abord un fait africain. Nous préférons croire que tout est péché occidental. Objectivement, la responsabilité du capitalisme (occidental mais n'est ce pas partout le même) est indéniable mais non moins objectivement cela n'a été possible que parce que le capital africain (des centaines de milliards de cfa s'évadent tous les ans de l'Afrique) ne s'investit pas en Afrique, que nos "grands" préfèrent les Sci sur les Champs Elisées à une mine de fer au Sénégal oriental. Moins de risques !

Les africains ont économiquement déserté l'Afrique. Ceux qui auraient pu développer l'Afrique en ont confié le soin aux occidentaux pendant qu'eux-mêmes faisaient leurs petites affaires. Où cela ? En occident bien sûr !

Le tout dans l'indifférence générale de la population qui croit que l'on peut être apolitique.

Un de mes amis chanteur, à qui je suggérai d'avoir des textes un peu plus socialement revendicatifs, m'a, grosso modo, répondu qu'il n'était pas anarchiste... On a tout dit.

Mais faudrait peut-être commencer à dire et à faire autre chose.