Le flou demeure par pudeur politique mais les logiques qui soutendent les discours sont évidentes, malvenues et contestables en terme de résultat.

Grosso modo, les présupposés sont : l'agriculture doit se moderniser, la modernisation passe par la mécanisation, qui dit mécanisation dit surfaces importantes, surfaces importantes disent disparition de la petite paysannerie, surfaces importantes disent capital pour les exploiter, capital d'exploitation dit grosses sociétés qui utilisent majoritairement des saisonniers agricoles.

Ce n'est pas avoué publiquement ainsi, mais pour qui sait lire, le schéma est évident. Or, toute action de développement a une cible et un bénéficiaire, avoués ou non. Le développement agricole comme schématisé plus haut peut, peut-être, développer (?) un pays à travers l'enrichissement d'un petit nombre mais il est douteux que la population s'enrichisse dans son ensemble et en particilier la population agricole qui à coup sûr s'appauvrira.

La logique (?) économique, qu'il est de bon ton de dire pragmatique et apolitique depuis que les idéologies sont supposées être mortes, prend pour vérité biblique la phrase de Henry Ford affirmant que "Ce qui est bon pour Ford est bon pour les US". Pour rester dans l'exemple US, bon pour la classe des Fords sans aucun doute, plus douteux aux fins fonds d'états où le revenu moyen est de 7 ou 8 fois inférieur à la moyenne nationale.

Le développement n'est pas pensé ou plus exactement, il est pensé à partir de concepts/vérités de bases admis sans discussion.

Mais il ne faut pas s'y tromper, le supposé pragmatisme économique n'est pas neutre politiquement, ce prétendu pragmatisme économique n'est que la doctrine du libéralisme/capitalisme. C'est un pragmatisme de classe.

La logique décrite plus haut fabrique une classe de grands propriétaires ET une classe de chômeurs/ex-paysans/journaliers agricoles encore plus misérables qu'avant. Je parle évidemment de la situation qui prévaut chez nous et non de celle de l'Europe des années 50 et 60, époque qui a vu la concentration des terres et la mécanisation agricoles s'opérer, à une époque où les ex-paysans pouvaient être absorbés par l'industrie. Nulle industrie ne peut chez nous absorber 8 ou 9 paysans sur 10 et il en sera ainsi pendant encore de longues années.

La logique "logique" et le pragmatisme profitable au plus grand nombre voudraient que l'on augmente la production agricole ET les revenus agricoles en modernisant la petite exploitation agricole. Cela n'a rien de révolutionnaire, cela s'est fait dans certains pays, l'Indonésie par exemple.

Cela nécessite de ne pas se tromper sur les mots, de ne pas sacraliser certains concepts sans les discuter. Qu'est la modernisation de l'agriculture ? Les tracteurs ou ce qui permet réellement aux agriculteurs de produire plus ET de gagner plus ? Le tracteur est-il toujours gage de modernité ? La charrue hyppotractée est-elle forcément aveu d'archaïsme ?

Qui a la meilleure productivité entre une grosse société agricole et un petit producteur moderne bien formé et ayant accès au crédit ? Je pose la question mais la réponse est connue depuis longtemps. Dans nos pays, le petit producteur bien formé techniquement, ayant accès au crédit, bénéficiant d'un environnement adéquat (coopérative d'achat et de vente, filières, approvisionnement sécurisé ...) est largement plus productif, à surfaces égales, que les grandes entreprises.

C'est évidemment bien plus compliqué et plus ambitieux de faire évoluer une population réactionnaire par prudence que de favoriser de grandes exploitations agricoles industrielles.

Et, nous savons depuis longtemps que nos dirigeants d'hier et d'aujourd'hui n'aiment pas ce qui est compliqué, ce qui demande quelque persévérance et surtout ne sont pas très ambitieux... Pour leurs peuples.