Aujourd'hui, il est admis, même si ça l'est sous la contrainte, que Touba peut imposer sa loi et régler ses différents avec la population sénégalaise à coups de gourdins, sans que quiconque n'ose vraiment s'y opposer.

Dans son rapport 2008 publié le 12 mai 2009, le Giaba (Groupe intergouvernemental d'ac­tion contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest, organisme de la Cedeao) affirme que Touba est «une zone de libre-échange considérablement autonome et non réglementée et qui reçoit entre 550 et 800 millions de dollars par an en termes de fonds rapatriés par des réseaux de commerçants sénégalais et de vendeurs établis à l'étranger» et conclut que le Sénégal est «un centre financier régional ayant une économie largement basée sur les capitaux, vulnérable au blanchiment d'argent sale».

Un «collectif d'intellectuels mourides chargé des questions scientifiques et culturelles» est monté au créneau en disant que le mouridisme «est une communauté religieuse qui se soucie de se conformer aux enseignements de son fondateur qui ne sont autres que ceux de l'Islam, lesquels enseigne­ments bannissent, l'argent sale et mal acquis sous toutes ses formes plus que tout autre idéologie ou institution». On peut toujours le dire. Sauf que... C'est de la théorie, comme celle affirmant que le mouridisme n'est pas violent. Les pratiques sont notablement différentes et nous les constatons. Les rapports, pour le moins malsains, que Touba et ses marabouts entretiennent l'argent et l'intoléranceb musclée, nous ont depuis longtemps éclairés.

Le Fmi avait, il y a une vingtaine d'années, déjà épinglé (pudiquement) Touba et l'idéologie mouride comme étant un frein au développement. L'acceptation que tout ce qui touche Touba, les marabouts et talibés, est nécessairement une affaire religieuse échappant à la loi républicaine nous achemine insidieusement vers une totale remise en cause du principe républicain pour tous et sur tout le territoire national. Qui oserait sérieusement affirmer que la carte mouride n'est pas une garantie de relative impunité judiciaire ?

La haine que le mouridisme voue aux francs-maçons, à qui elle attribue ses propres pratiques sociales, pourrait sans doute être analysée sous le rapport de la concurrence : 2 organisations, aux méthodes supposées identiques, ne peuvent prospérer sur un même territoire.

PS : Il est curieux que le Mfdc ne se soit jamais inspiré de l'exception mouride pour demander à bénéficier d'un traitement identique pour la Casamance ! Parallélisme des situations, des formes, des droits et des actes obligent.