Je n'ai jamais caché que je n'aime pas trop Souleymane Jules Diop : l'homme, son passé, ses dérapages et ses non-dits. Il a, néanmoins, publié aujourd'hui une chronique dont la seconde moitié est particulièrement intéressante en ce sens qu'elle revient sur la mythique stabilité du Sénégal vantée comme une vertu théologale et la féroce exploitation politico-maraboutique qui la soutend, en inscrivant le présent dans le passé sénégalais. Cela ne m'apprend pas grand chose : il y a longtemps que je le pense et l'ai écrit mais cela fait du bien de le lire. On pourrait aller plus loin en disant que le monde n'évolue que dans la différenciation et la lutte, la stabilité n'étant souvent que de la passivité prélude de la mort. Je ne vous met que la seconde partie de la chronique, dans la première SJ Diop est égal à lui même...

Dégagez les ordures ! par Souleymane Jules Diop

Le discours religieux est volontairement pacifiste, nous en convenons. Mais nous sommes plus tributaires de notre passé monarchique ceddo que de notre islamisme confrérique. Les chefs religieux sont eux-mêmes empêtrés dans des querelles de leadership qui durent depuis des décennies. Ils peuvent faire la leçon aux politiques, mais ils n’ont jamais excellé dans l’entente cordiale. Dans la plupart des grandes familles religieuses du Sénégal se sont menés des joutes épiques pour le contrôle de la chefferie, réglés au fusil ou, au mieux, au poing. L’histoire de ce peuple est jalonnée de conflits à l’issue tragique. Quand le pouvoir théocratique s’est installé sur les ruines de la monarchie finissante, il en a pris les mauvaises habitudes. Les aristocrates déchus ont été les bienvenus dans les familles maraboutiques et n’ont souvent pas eu besoin de changer de religion. Ils y trouvaient déjà bien encrée la religion du pouvoir, de l’argent et de la femme. Le même peuple a été soumis aux mêmes corvées hebdomadaires, à la même dîme, à la même logique héréditaire dans la transmission du pouvoir. > Lire la suite