Je crois que l'on peut faire un rapprochement entre l'agression physique directe et une mise en danger collective qui touche à terme chaque individu. Après tout, une école pétaudière incapable d'instruire les élèves ruine leur avenir, ruine l'avenir de MES enfants et constitue donc une agression caractérisée. Un exemple parmi tant d'autres. Même si l'agression est diffuse et non ciblée, même si ses conséquences sont futures, l'agression est patente.

Mais là, un problème se pose. Dans le cas d'un individu me menaçant (ma zone de sécurité s'étend à tous ceux qui vivent chez moi, un peu moins ceux qui vivent à côté) avec un coupe coupe, la solution est limpide : j'essaye de le mettre hors d'état de nuire y compris en l'envoyant de vie à trépas. Dire qu'ensuite, cela ne me poserais pas de cas de conscience serait exagéré mais je le ferais sans état d'âme.

Dans le cas d'une agression globale et multiforme, générée par un système politique, la légitime défense n'a pas été théorisée hormis par quelques théories gauchistes assez folkloriques. Pourtant il y va bien de notre vie.

La légitime défense au niveau de la vie politique d'un pays s'appelle révolution et se heurte à un certain juridisme mettant au pinacle la légalité républicaine. Il n'est pas surprenant de constater que les défenseurs de cette théorie sont des gens qui souffrent relativement peu de l'agression voire pas du tout. En reprenant l'exemple de l'école, il n'est pas très compliqué de voir qu'une certaine frange de la population n'est pas concernée par son indigence puisque ses enfants vont à l'école privée et font ensuite leurs études supérieures en occident. Comme toute théorie juridique celle-ci ne s'appuie que sur la forme, pas sur le fond grâce à des raisonnements pervers.

Quand nous élisons un de nos représentant, quel qu'il soit, du conseiller de communauté rurale au président, nous ne lui donnons pas un blanc-seing. Nous l'élisons dans un cadre donné et précis. Si cet élu dérape au point de remettre en cause la vie républicaine, car il ne faut pas oublier que la légalité républicaine s'applique aussi à l'élu, sommes nous toujours liés (légalement) par notre vote ?

Le principe de la réciprocité des formes si cher aux juristes ne doit-il pas s'appliquer dans ce cas ?

Spontanément et intuitivement, nous sentons bien que le pacte qui nous lie à un élu n'existe plus dès lors que celui-ci l'a violé. Le violeur du pacte perd toute légitimité pour devenir un usurpateur que l'on est en droit de chasser par tous les moyens nécessaires à notre disposition. Pour préserver, si ce n'est son présent, tout au moins son futur.