Intégrité des données

Pour qu’une base de données soit déclarée fiable, il faut que chaque donnée puisse répondre à un certain nombre de critères édictés lors de l’élaboration de ladite base, dès le modèle conceptuel de données (MCD), lequel ne doit accepter aucune redondance, entre autres. Or, il se trouve que rien qu’en ce qui concerne la gestion des erreurs dans la base, on peut y perdre son bit, pardon, son latin. Parce que tous les demandeurs ont été acceptés à l’inscription, puis certains ont été rejetés selon des critères peu convaincants.

En outre, en ce qui concerne les structures, la donnée « date de naissance », par exemple, n’a pas été saisie au format « date » mais au format « texte » ! L’utilisation du format le plus approprié à un type de donnée est un élément supplémentaire de maîtrise d’une base de données. Motif évoqué pour justifier le manquement précédent : il y aurait beaucoup trop de citoyens « nés vers… », c’est-à-dire, avec une date de naissance estimée. Qu’à cela ne tienne ! Pourquoi ne pas avoir introduit un champ « Observations » pour prendre en compte cet aspect ? De sorte que lorsqu’il a fallu détecter les éventuels mineurs, les auditeurs se sont retrouvés avec un citoyen (MODOU NDIAYE) né le, tenez-vous bien, 1/50/11956 ! Naturellement, il s’agit d’une erreur de saisie (15/01/1956) que l’ordinateur n’aurait jamais acceptée si la structure avait été correcte.

De plus, pour les noms, il y a une régression extraordinaire par rapport au fichier de 1977 en ce sens que, pour les noms NDIAYE, NGOM ou NDOYE, par exemple, l’apostrophe avait été supprimée, ainsi que d’autres signes pour ne conserver que les caractères. N’DIAYE est donc devenu NDIAYE, par exemple. Mais dans le fichier de 2005, non seulement ces signes sont réadmis, mais on peut aussi trouver des minuscules, des accents (aigus, graves ou circonflexes), et même des chiffres ! De sorte qu’une bonne dizaine de nos concitoyens ont des noms uniquement en chiffres ! Nous vous épargnons toutes les variations de noms qu’on peut obtenir avec ce subterfuge qui a permis d’élargir le nombre d’électeurs fictifs (environ un million) dans le fichier.

Biométrie

Il a été largement démontré, en 2007, malgré les dénégations de la DAF, que le système biométrique, censé consacrer l’unicité de l’électeur dans le fichier (à cause de la nature unique des empreintes digitales de chaque individu sur Terre), se contente seulement d’affecter une qualité à chaque empreinte pour décider de son acceptabilité mais ne permet pas de détecter les inscriptions multiples, encore moins d’attribuer une empreinte à un électeur donné. De plus, il n’existe pas, à la DAF (direction de l’automatisation des fichiers), de lecteur de codes barres pouvant lire la surface grisée au dos de chaque carte pour attester de son authenticité.

Failles du processus électoral

Le fait d’affirmer que le fichier est piégé et qu’il faut en enlever les incohérences afin de le fiabiliser, ou que le fichier aurait migré du ministère de l’Intérieur (MINT) à la Présidence et vice-versa, ou encore qu’il y en aurait plusieurs, à la carte, et autres non-sens, ne milite pas en faveur de la crédibilité des arguments développés par l’Opposition regroupée au sein de Bennoo Siggil Senegaal (BSS). Le fichier est plutôt unique avec des données confuses et mal définies et, contrevient à toutes les règles en matière d’élaboration d’une base de données, sans étude préalable, ni tests de validité.

Par ailleurs, le nombre, jugé excessif, de 800 à 900 électeurs par bureau de vote dans les communes à forte présence d’électeurs n’est pas spécifique au Sénégal. Il vient du fait qu’à tout moment dans un bureau, il y a entre 6 à 7 électeurs qui accomplissent un acte électoral. Alors, si on considère que toutes les 4 minutes, 6 électeurs sont passés dans les isoloirs (en général au nombre de 2), au bout de 600 minutes (soit de 8h à 18h), 900 électeurs sont en mesure de voter. Mieux, comme il y a généralement entre 60 à 70% de votants, l’essentiel des inscrits est en mesure d’avoir exercé son droit de vote à 16h. On dispose donc d’une marge de 2 heures, permettant de couvrir les atermoiements et autres tergiversations inévitables de nos concitoyens. Il suffit donc de demander aux responsables des bureaux de vote de se tenir prêts dès 7h, quitte à subir des sanctions administratives, de déclarer forclos tout bureau ouvrant après 9h, et, au mieux, d’ajouter un à deux isoloirs par bureau. Mais, en aucun cas, le vote ne devrait dépasser 18h. Par ailleurs, la récrimination concernant la photo de l’électeur sur les listes d’émargement n’a aucune chance d’aboutir. En effet, compte tenu de la nature du fichier fortement corrompu, les photos peuvent s’entremêler (c’est déjà arrivé), et il faudrait que chaque électeur redonne sa carte d’électeur afin de s’assurer que les photos correspondent aux enregistrements ! Ceci est bien évidemment impossible, d’un point de vue pratique.

Mission de l’Union Européenne

L’audit de l’Union Européenne (UE) devrait être contradictoire, de sorte à établir de manière définitive si les arguments soulevés par l’Opposition, lors des audits précédents, sont fondés ou non et en tirer les conséquences. Mais il n’est pas acceptable de laisser les experts de l’UE faire l’audit pour venir nous dire ce qu’ils en pensent ! Comment allons-nous nous assurer qu’il y a bien eu audit ? De plus, s’il est louable de vouloir faire l’audit de l’ensemble du processus électoral, pourquoi celui-ci devrait-il durer 6 mois ? Soit dit en passant, le début programmé un jour férié (le 15 août !) nous rappelle les nombreux démarrages ratés de la refonte totale, tous programmés un jour férié. Nous osons croire que ce n’est pas une farce qui se prépare mais, en tout état de cause, l’Opposition devrait récuser cet audit tel qu’il est envisagé et proclamer que ses résultats ne sauraient l’engager. En attendant d’y voir plus clair !

Ce qui intéresse ici le citoyen, c’est l’audit du fichier et nous pensons qu’en moins d’une semaine, il est possible de statuer sur sa nature, afin de pouvoir passer à autre chose sans perturber le calendrier républicain. Il nous paraît évident que ledit audit débouchera sur de nouvelles inscriptions avec de nouvelles cartes d’électeur, distinctes en format et en couleur des CNI actuelles, lesquelles redeviendront la propriété exclusive des agents assermentés de l’Etat qui en assureront la gestion, de manière transparente pour l’utilisateur final, le citoyen ordinaire.

Recommandations

Pour des élections réellement régulières, libres et transparentes, il importe de dessaisir totalement le MINT de tout le processus électoral au profit d’un organe neutre et indépendant, dissoudre la CENA qui a montré ses limites objectives, nommer un ministre à équidistance des différents candidats, interdire la circulation des cars de transport de minuit à minuit le jour du scrutin et laisser les journalistes faire leur travail sans aucune pression, entre autres mesures.

Nous pensons, sans prétention aucune, que si les uns et les autres reviennent à la raison, notre pays pourra franchir un autre jalon important de son évolution sans dommages pour le peuple, seul souverain.

C’est mon point de vue.

Iba Guèye Ingénieur en Informatique