Le travail des adolescentes à Dakar jeudi 8 juillet 2010
Une fois n'est pas coutume, je vous propose un article du Soleil sur le travail des adolescentes. L'article repose sur l’étude de Rosalie Aduayi Diop, « Survivre à la pauvreté et à l’exclusion : le travail des adolescentes dans les marchés de Dakar », propose une meilleure compréhension de ce phénomène. L’auteur est enseignante et chercheuse à l’Institut Population, Développement et Santé de la reproduction de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
(..) DÉMISSION DES PARENTS
Selon elle, ces transformations sont en contradiction avec certaines valeurs sociales et certains projets familiaux. Une ambivalence nouvelle imprime les rapports avec les parents même si certaines adolescentes affirment avoir du respect, de l’amour, des devoirs et des sentiments de responsabilité à leur égard. « Beaucoup d’entre elles, cependant, récusent de plus en plus l’autorité parentale et revendiquent une autonomie et une responsabilisation en échange de leur contribution dans la gestion familiale », ajoute l’auteur qui révèle que cela engendre parfois des conflits familiaux. « Avec la crise et la pauvreté, les modes de régulation sociale se défont : certains parents, surtout les hommes, ont perdu beaucoup de leur pouvoir de contrôle et d’autorité au sein de la famille. Ce facteur entraîne un effritement des rôles économiques qui rend progressivement inapplicables les normes de comportement associées aux rôles de père et d’époux. Les parents perdent leur autorité et dépendent du travail de leurs femmes et des adolescentes », note-t-elle. Ainsi, certains parents n’arrivent plus ou n’osent plus exercer leur rôle de socialisateur et leur autorité de peur de perdre les revenus générés par leurs filles, poursuit la chercheuse. D’où la démission parentale devant l’éducation et la charge des enfants. La conviction de l’auteur est que la pauvreté et la régression économique ont largement influencé ces rôles et ces statuts. « Elles ont même transformé les liens familiaux », affirme-t-elle.
La perte de contrôle social ou de protection va « insécuriser » certaines adolescentes qui, malgré leur apparence, sont encore fragiles. Certaines d’entre elles vont graduellement prendre de la liberté et vivre des situations à risque (grossesses non désirées, exploitation sexuelle juvénile, prostitution) qui ont des conséquences négatives sur leur trajectoire de vie. Le marché constitue ainsi un lieu de désocialisation et de resocialisation en contradiction avec les valeurs traditionnelles. Dans l’imaginaire collectif, dans celui des hommes notamment, les filles doivent rester à l’intérieur des foyers. Mme Diop souligne que les adolescentes sont généralement incapables de faire face aux menaces, agressions physiques et abus sexuels auxquels elles sont souvent confrontées. « Le manque de mesures de protection est considéré dans ce cas comme le principal obstacle à une réalisation harmonieuse de leur carrière car, en général, elles ne possèdent pas les capacités physiques, ni symboliques, pour faire face à ces formes d’agression menaçant leur intégrité », remarque-t-elle. « Du coup, ce n’est pas seulement leur intégrité physique qui est bafouée, mais également leur intégrité mentale et psychologique », déplore-t-elle. Elles font appel aux surveillants ou aux policiers pour se défendre, mais ne sont pas suffisamment protégées, d’autant plus que les malfaiteurs reviennent à la charge.(..) voir l'article



















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