Interview d'Olivier Doubre dans Politis
Après avoir beaucoup travaillé sur l’histoire du féminisme, l’historienne américaine Joan W. Scott publie aujourd'hui un essai sur le mouvement pour la parité.
Votre éditeur présente vos travaux comme ayant « largement contribué au développement des gender studies ». Pourtant, les femmes ne sont-elles pas au centre de vos études ? N’êtes-vous pas spécialiste des women studies ?
Joan W. Scott : Pas exactement. Dès 1986, j’ai écrit un article intitulé en anglais « Gender, a useful category of historical analysis » [« Le genre, une catégorie utile à l’analyse historique »], qui a été traduit dans les Cahiers du Grif. Mon propos était de montrer pourquoi il faut absolument penser en termes de « gender », de genre en français. En effet, choisir « les femmes » pour objet d’études revient à occulter les rapports de pouvoir entre les sexes et l’évolution des différentes significations des rapports femmes/hommes dans les sociétés tout au long de l’histoire. Même si j’ai beaucoup contribué aux women studies, cet article a participé au lancement du travail pour repenser la problématique du genre, au lieu de se limiter à l’étude d’un objet, « les femmes ».
Sans être la seule, j’ai été une des chercheuses qui se sont concentrées sur le concept de genre en insistant, grâce à l’influence capitale de Michel Foucault, sur la nécessité d’historiciser les rapports hommes/femmes et de rechercher l’archéologie d’un tel concept. Le genre est la catégorie d’analyse qui permet cette historicisation. Le titre de women studies a été important quand l’histoire des femmes était totalement occultée, ignorée de toutes les sciences sociales. Après un certain temps, la réussite de l’institutionnalisation aux États-Unis des women studies a fait évoluer les choses. Il est alors devenu nécessaire de développer l’étude de la problématique des genres dans la société.
Moi-même, j’ai défendu au début le concept de women studies, mais ce sont aujourd’hui les problématiques des femmes et des rapports de pouvoir dans la société qui doivent être mises en avant. En outre, se limiter aux seules catégories fixées hommes/femmes revient à penser un essentialisme que je veux absolument éviter. > Lire la suite